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Combat pour le maintien d'un petit producteur

Combat pour le maintien d'un petit producteur

La tragédie d'un petit producteur qui se fait "bouffer" par un gros céréalier qui souhaitent dépasser 1000 Ha d'exploitation.

Le 24 juin à TEILLE, Environ 80 personnes se sont déplacés pour cette réunion: des élus, des représentants syndicaux et des citoyens du pays d'Ancenis. Etaient présents le maire de Teillé et cinq conseillers municipaux; le maire et conseiller général de Riaillé; une élue de Couffé; un représentant de la COMPA ainsi que des représentants syndicaux de La Confédération Paysanne et des Jeunes Agriculteurs. Les citoyens venaient eux de Teillé, Trans sur Erdre, Saint Julien de vouvantes, Couffé, Mésanger, Pannecé, Bouvron...Un succès qui montre l'intérêt du grand public pour ces questions agricoles.

 

La réunion commence par un état des lieux de la situation de Denis et Manola Roudot (chevriers fromagers) qui ne peuvent cultiver des terres pour lesquelles la DDTM leur a donné l'autorisation d'exploiter (27 ha), le cédant voulant vendre sa ferme à un céréalier n'a pas pris sa retraite et laisse ce dernier cultiver ses terres: il s'agit de travail à façon. Le projet d'élevage caprin de Denis et Manola est au point mort et le céréalier prend place sur des terres où il n'a pas reçu l'autorisation d'exploiter. Suit une intervention d'un autre jeune (paysan boulanger) qui est dans la même situation, pour l'empêcher de cultiver 4 hectares une grosse exploitation s'est associé avec la femme du cédant, ainsi la grosse structure n'est pas en concurrence avec un jeune (qui a la priorité pour l'obtention des terres), malgré une importante mobilisation en 2009-2010 et un soutien à son projet ce jeune agriculteur n'a toujours pas de terres et ne peux vivre de son métier de paysan boulanger.

Premier constat: on retrouve le même schéma dans les deux cas, des grosses structures, pour ne pas se retrouver en concurrence avec des jeunes agriculteurs, contournent les lois favorisant l'installation des jeunes. Ces grosses structures s'accaparent les terres et les jeunes ne peuvent accéder au foncier, il s'agit pourtant ici de petites exploitations réclamant peu d'hectares.

La question posée est quelle agriculture voulons-nous dans nos campagnes?

Intervention du maire de Riaillé et conseiller général, pour lui comme pour tous les élus, la priorité est de faire vivre un territoire et de maintenir de l'emploi dans les campagnes, des jeunes agriculteurs qui pratiquent une agriculture à taille humaine, qui mettent leurs enfants à l'école, font vivre les petits commerces et la vie associative du village sont évidemment préférables à quelques grosses structures qui cultivent les terres de la commune mais n'y mettent jamais les pieds. Nombreuses réactions partageant ce point de vue dans l'assistance.

Pourquoi cette situation et que peuvent faire les maires des petites communes pour l'éviter?

Une personne rappelle la loi de 2003 de Dominique Bussereau qui a instauré la cessibilité du bail rural et a simplifié le contrôle des structures ce qui a permis à de grosses exploitations de mettre la main mise sur des exploitations moyennes, cette loi libérale a permis la création de très grosses structures, c'était d'ailleurs sa volonté de créer des entreprises compétitives, modernes et performantes. Cependant dans ces conditions les jeunes s'installant hors cadre familial et ayant des projets atypiques (souvent en vente directe et en bio) sont dans une impasse car ils n'ont pas les moyens des grosses structures pour racheter les exploitations. Le jeune paysan boulanger réclame malgré tout un droit à l'existence pour les petites structures.

Le représentant des Jeunes Agriculteurs, intervient pour rappeler la volonté des cédants de vendre leur exploitation au meilleur prix afin de compenser une petite retraite, il rappelle aussi que si on loue 20 hectares à un jeune avec un projet atypique nécessitant peu de foncier on va assister au démantèlement des exploitations moyennes, le jeune paysan boulanger répond que les sièges d'exploitations rachetés par les grosses structures disparaissent de toute façon.

Une personne ajoute que lorsqu'une exploitation laitière est rachetée par un céréalier les animaux ne reviennent plus sur les terres.

Le céréalier en question a comme volonté d'exploiter 1000 ha en Loire-Atlantique or ce département a plutôt une vocation d'élevage. Un éleveur de volailles intervient pour expliquer que là où les céréaliers s'installent on voit aussi se développer les ateliers hors-sol qui ont besoin des céréaliers pour épandre les déjections animales. C'est donc tout un avenir agricole qui est en question, le pays d'Ancenis, traditionnellement pays de bocage et d'élevage va t'il devenir un pays de céréaliers dont le paysage sera transformé car qui dit céréalier où même grosse structure d'élevage (plus de 500 ha) dit paysage transformé, haies arrachées et monoculture.

Le maire de Riaillé insiste sur la nécessité de préserver les haies qui sont encore nombreuses sur sa commune, un élu de la COMPA propose de classer les haies ce qui interdirait leur destruction et limiterait ainsi l'engouement des grosses structures.

Une personne demande comme geste fort de la part des mairies le rachat de quelques hectares permettant l'installation de jeunes agriculteurs, il indique que cela donnerait un signe en faveur de l'installation des jeunes. Le maire de Teillé et celui de Riaillé expliquent que ce n'est peut-être pas leur rôle de surenchérir pour obtenir des terres agricoles, le maire de Teillé indique que la mairie soutient déjà les petits commerces de la commune, le café restaurant et la supérette.

Mais alors comment empêcher les grosses structures de s'agrandir davantage?

La seule solution est l'interdiction d'obtenir plus de terres ou de racheter des exploitations quand on cultive déjà un grand nombre d'hectares, il faut un seuil limite à ne pas dépasser. Le PAD de Loire Atlantique préconise 175 ha pour bien vivre comme céréalier, suivons le PAD et interdisons aux grosses structures de s'agrandir indéfiniment. Si les exploitations moyennes ne sont plus rachetées au prix fort par les grosses structures, des jeunes pourront s'installer.

On parle des DPU, ces aides européennes sont liées à l'hectare et incitent donc les agriculteurs à obtenir toujours plus de terres pour gagner plus d'aides. De plus ces aides sont monnayables, le repreneur peut les racheter deux ou trois fois au cédant, là encore les jeunes ne peuvent concurrencer les grosses structures. Il faudrait une limite aux DPU, un céréalier cultivant 1000 hectares ne devrait pas recevoir 1000 DPU, que l'on se réfère au PAD, si un céréalier peut vivre avec 175 hectares il ne doit pas toucher plus de 175 DPU, il faut là aussi un seuil limite.

Une personne demande aux élus présents à la réunion de rédiger une lettre au préfet pour demander une vue claire de la situation du céréalier et quelle solution le préfet peut envisager pour contrôler le développement de ces très grandes structures.

l'association Terre de liens intervient en conclusion pour présenter son action. Des représentants d'AMAP se sont regroupés en 2003 pour investir dans la terre et permettre l'installation d'agriculteurs bio. Par le biais de La Foncière et du Fond, des terres sont achetées par des particuliers avec comme but la mise en commun et l'utilisation du foncier acquis pour installer des porteurs de projet respectant l'environnement et en lien avec le territoire. Terre de liens n'a pas pour vocation de vendre le foncier acquis, celui-ci reste en location, l'association veut garder le foncier acquis comme autant d'espaces favorisant la biodiversité.

Pour le projet de Denis et Manola, l'association Terre de liens pourrait acquérir l'exploitation du cédant.

En conclusion Denis et Manola et le groupe de soutien expliquent qu'ils vont tenter de négocier avec le céréalier et le cédant et qu'ils vont demander au préfet la situation actuelle du céréalier qui cultive déjà plusieurs parcelles sans en avoir l'autorisation.

Martine Branchereau