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Rencontre avec Daniel Vuillon, conseils aux AMAPs

Actualité - 17/05/2011

Rencontre avec Daniel Vuillon, conseils aux AMAPs

Lundi 9 mai, après deux journées de visites auprès de producteurs livrant en AMAP, Daniel Vuillon, maraicher co-créateur de la première AMAP à la ferme des Olivades près de Toulon rencontre quelques mangeurs, l'occasion de parler du concept, de la situation, de partager des idées - ou des conseils?

Rencontre avec les producteurs

Daniel Vuillon a rencontré 8 producteurs en deux jours, pourquoi? A la demande des maraichers eux-mêmes ou des mangeurs. Par plaisir, certes, mais aussi et surtout parce que ces échanges sont bénéfiques pour les uns et pour les autres. On peut voir de belles choses ou quelque fois aussi des situations bien compliquées. Le regard et l'avis d'un producteur expérimenté, extérieur, peur alors être précieux, que ce soit pour la gestion, la conduite du partenariat avec les mangeurs, ou sur le plan technique. C'est le rôle de l'essaimage au cœur du réseau CREAMAP.
Le contenu détaillé de ces rencontres ne regarde que les intéressés mais on pourra retenir quelques remarques diverses: 
- Ce n'est pas le rôle du producteur de s'épuiser à préparer des paniers de toutes les tailles, si celui-ci n’est pas demandeur.
- Quand le producteur est 100% en AMAP, le prix du panier n’est plus indexé avec le prix du marché (devenu mondialisé) mais défini par le rapport suivant :
Prix du panier = (Somme de toutes les charges + salaires) / nombre de paniers.
- La quantité de légumes dans le panier étant l’équivalent de la consommation d’une famille avec 2 enfants midi et soir.
- Le panier doit avoir une taille conséquente, voir être de taille unique dans l'AMAP pour que le producteur améliore sa rentabilité (ce n'est déjà pas un métier qui rapporte gros). Charge aux mangeurs de se regrouper si le panier est trop gros et de se charger de la constitution des paniers.
- Les mangeurs doivent avoir conscience de la fragilité de l'économie d'une ferme. Qu'il manque quelques paniers et le producteur n'a plus de marge.
- Attention donc aux AMAPs trop petites et aux contrats non renouvelés.

Sur le plan technique il faut rappeler que la ferme biologique est un écosystème et que l'on ne doit pas avoir peur des herbes un peu folles, des fleurs, de la diversité des cultures. Le travail du producteur change de logique en agriculture biologique: on ne se bat plus contre les envahisseurs, mais on bichonne l'écosystème et les ennemis des envahisseurs. On n'achète pas à prix d'or des coccinelles qui sont livrées par avion, on fait tout pour qu'elles soient naturellement nombreuses et heureuses, sans ignorer que 80% de cet écosystème est assuré par la vie microbienne et minérale du sol.
Enfin toutes ces visites montrent également que la formation des paysans est cruciale avant de s'installer, et que des jeunes qui auront passé un an ou deux chez un producteur expérimenté, qui seront accompagnés, seront très vite capables d'aborder les difficultés de la technique, de la gestion et de la conduite du partenariat avec les mangeurs.

A propos de la certification « agriculture biologique »

La charte AMAP n'exige pas que le producteur soit labellisé en agriculture biologique, alors, obligatoire ou pas? D.Vuillon, qui est l'un des concepteurs de cette charte revient donc sur le pourquoi du comment. L'agriculture biologique sans intrant chimique, oui, c'est obligatoire, ou alors être en conversion et déterminé à le devenir. C'est la certification qui n'est pas obligatoire, d'autant plus qu'elle peut coûter très cher au producteur qui n'a pas fondamentalement besoin de ce label s'il ne vend pas sur les circuits longs.
Par ailleurs l'esprit de cette charte est – ou était – d'attirer les producteurs vers les AMAPs et l'agriculture biologique. Il faut comprendre que cela demande de changer la façon d'envisager son travail. Il aurait été dommage de donner l'impression que les AMAPs sont la chasse gardée des bien trop peu nombreux producteurs certifiés « agriculture biologique ».



Comment faire vivre les AMAPs?
En Loire-Atlantique comme ailleurs, l'heure n'est plus à la frénésie pour rejoindre des AMAPs. Malgré cela, les AMAPs ont plutôt bien renouvelé leurs contrats malgré les faibles listes d'attentes, et les inquiétudes en début d'année. Mais cette période plus calme n'est-elle pas l'occasion de s'interroger sur le fonctionnement de nos AMAPs et leur « attractivité ».
Une première idée consiste à renforcer la connaissance des satisfactions et insatisfactions des familles en proposant régulièrement une enquête au sein de l'AMAP (au milieu du contrat) et pas seulement au moment du renouvellement. Les questionnaires devraient être courts et obligatoirement remplis pendant la distribution pour que 100% des mangeurs répondent. Le but est de mesurer comment chaque famille arrive à s'adapter aux contraintes de l'AMAP, car l'enjeu est bien là, c'est ce parcours qu'il faut réussir à suivre.
Et puis ce tassement n'est pas nécessairement définitif. Les AMAPs – même en Loire-Atlantique - n'ont pas encore atteint leur limite de développement. Les CSA aux Etats-Unis n'ont-elle pas stagné à 2000 avant de se re-développer et être aujourd'hui 4000? Les « Teikei » au Japon représentent 30%  de la production légumière japonaise!
Les producteurs doivent reconnaître certaines contraintes pour les mangeurs et il ne faut pas négliger la variété, la souplesse (produits laitiers par exemple), ou les produits « plaisir » comme les fraises, les asperges vertes, les kiwis ou les artichauts, qui sont peut-être un peu fastidieux à produire mais réveillent un peu les paniers en fin d'hiver.

A propos de l'implication des restaurateurs
D.Vuillon a pour projet de convaincre tous les chefs étoilés, qui représentent la partie la plus visible de la restauration, de s'engager à travailler avec des producteurs paysans bios près de chez eux sur le même principe que les AMAPs.
Plus généralement l'idée est lancée d'inciter les restaurateurs à rejoindre des AMAPs, en prenant quelques exemples à l'appui, et pas uniquement dans la grande cuisine. Pour le restaurateur, contractualiser directement avec un producteur local c'est s'assurer régularité, qualité et bien souvent prix.
Pour le restaurateur, s'approvisionner en AMAP c'est aussi prendre les devants, répondre à la demande des consommateurs qui cherchent des produits locaux, biologiques de saison, de qualité, en circuit-court en soutenant les producteurs paysans et en leur garantissant leur revenu, une démarche de consommation responsable quoi! Et puis peut-être que d'avoir une partie de sa carte qui varie en fonction de la saison c'est peut-être aussi quelque chose que les consommateurs sont désormais prêts à accepter.

Alors, restaurateurs, soyez modernes, et rejoignez les AMAPs de votre quartier, ou travaillez en direct avec les producteurs de proximité! Contactez les membres de l'Interamap pour un accompagnement, une explication du concept pour construire une nouvelle restauration de proximité.