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Paysan bio impacté par la grippe aviaire

Actualité du 22/02/2017

Paysan bio impacté par la grippe aviaire

Témoignage d'un paysan producteur de volaille bio:

"....Nous avons fait le choix d'une agriculture bio paysanne et malgré tout nous sommes victimes des conséquences de l'inconscience des tenants de l'agriculture industrielle au pouvoir dans les instances publiques agricoles..."

Bonjour,

Ce petit mail pour informer de notre situation et pas seulement. Depuis cette semaine, nous sommes en zone de surveillance en matière de grippe aviaire.
Cela veut dire que tout transport d'animaux vivants est interdit sur cette zone. Pour nous, cela implique que nous ne pouvons plus faire rentrer de poussins sur l'exploitation jusqu'à nouvel ordre alors que notre élevage va bien.Donc l'activité d'élevage prendra fin quand nous aurons abattu les derniers poulets présents.La situation durera au minimum un mois. Et c'est un minimum étant donné la règlementation en vigueur. La vente de poulets sera terminée à partir du mois de juin.
Nous aurons peut-être droit à une dérogation étant donné que nous abattons tout sur place et que c'est du poulet et non du canard, mais c'est très très hypothétique. Pour l'instant nous sommes dans l'attente d'une décision des pouvoirs
publics de tout abattre en prévention ou pas dans l'ensemble de la zone. Pour nous cela voudrait dire alors la suppression pure et simple de l'exploitation car nous n'aurions pas les moyens de redémarrer.
Et pourtant........
Nous avons fait le choix d'une agriculture bio paysanne et malgré tout nous sommes victimes des conséquences de l'inconscience des tenants de l'agriculture industrielle au pouvoir dans les instances publiques agricoles.Tous ne demandent qu'une chose, l'abattage de tous les animaux, la FDSEA en tête, plus motivés par un redémarrage rapide de la production suite à un vide sanitaire complet que par une efficacité dans la gestion de la grippe aviaire. Elle remettrait trop en cause leur système industriel plus adapté à la production de boulons que de canards. Certains vétérinaires, et pas des marginaux, dénoncent les pratiques de cette agriculture qui concentre de plus en plus les animaux (y compris en plein air), qui
sélectionne des souches d'animaux performants mais fragiles. Allez donc faire une course de Formule 1 dans les chemins de campagne vous allez voir si votre véhicule va durer longtemps. Pour les volatiles c'est la même chose. Le virus de la grippe aviaire a toujours été présent dans la nature. Enfants d'agriculteurs nous avions toujours entendu parler de la peste aviaire comme un épée de Damoclès au dessus de la tête de tout éleveur. Nous avons toujours vécu avec. Les oiseaux migrateurs passent au dessus de nos têtes depuis la nuit des temps en faisant suivre quelques virus. Le contexte de la nature n'est pas nouveau mais nos pratiques d'élevage, elles, évoluent dans le mauvais sens et font abstraction des réalités naturelles qui sont le b-a-ba de l'agriculture. Cette industrialisation de l'agriculture, non pardon, de la production de minerai alimentaire pour l'industrie de la malbouffe, répond au seul critère du prix le plus bas. Tout ça pour manger pour le moins cher possible et acheter des tablettes, ipad , super téléphones et autres équipements produits par l'industrie grâce à des petites mains, parfois très jeunes, pas payées cher non plus. Cette course au moins cher nous amène là, aujourd'hui en matière d'élevage, de fermeture d'usines et demain sur autre chose C'est aussi, pour vous dire à vous, copains, amis, connaissances,,camarades...., que quand vous faites un choix de consommation, il n'est pas neutre. Qu'il faut continuer plus que jamais à être vigilant. Demains, nous aurons certainement une nouvelle règlementation qui va nous être imposée en matière d’élevage.Les mêmes qui  ont provoqué cette situation réclament à corps et à cri des mesures encore plus calqués sur un modèle industriel. Gageons que les décisionnaires politiques sauront garder les yeux ouverts et l'oreille attentive aux pratiques différentes, traditionnelles, alternatives qui ont fait leur preuve mais qui peuvent bien sûr être améliorées. Que je sache, élever des animaux en claustration (et c'est pourtant ce qui est souhaité) n'est pas un gage de qualité de produit et de bien être animal, ni de santé. Il n'y a qu'à voir les couvoirs, ils sont blindés de mesures de sécurité sanitaire et malgré cela sont atteints par le virus. Élever des animaux dans des bâtiments à 350 000 € impliquera automatiquement de concentrer encore plus la production pour amortir les investissements. De plus avec encore une couche de subvention au frais du contribuable. Il faut arrêter cette machine infernale dans laquelle est engagée l'Agriculture. Des alternatives existent et fonctionnent. Si on continue sur la voie, demain elle seront illégales. Pour vivre, petits et moyens paysans nous serons obligés de travailler dans l'illégalité. A une époque on appelait cela prendre le maquis.......
Nous allons traverser une période intense de débat électoral. Il faudra poser les bonnes questions et exiger les bonnes réponses à mettre en œuvre.
Installés depuis maintenant 15 ans en créant une ferme à partir de zéro, je crois que nous avons une certaine expérience qui ne vaut que ce qu'elle vaut mais qui ne nous permet pas de gober n'importe quoi. Produire bio, local en étant paysan c'est possible à condition qu'on ne nous l'interdise pas.
Un peu moins consommateur seul !
Un peu moins agriculteur seul !
Et beaucoup plus citoyen tous ensemble !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Dominique et Laurence
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Dominique LOLLIVIER
Gragues
40370 RION des LANDES