Bec de Beaulieu, 160 amapiens créent un prêt solidaire

Actualité - 01/10/2014

Bec de Beaulieu, 160 amapiens créent un prêt solidaire

Quand les AMAPs peuvent se regrouper pour porter ensemble des actions encourageantes.Trop souvent, les AMAP sont seulement considérées comme des alternatives à la grande distribution et à la malbouffe, c'est à dire dans une logique de consommation.

Et pourtant, jusque dans leur charte, elles sont bien plus que cela et peuvent même prétendre au statut de modèle pour tous ceux qui sont convaincus qu'il est possible de vivre autrement, et de baser les rapports humains et sociaux sur d'autres bases que sur la compétition et le profit : sur la qualité du vivre ensemble et la coopération.

L'initiative des becs de Beaulieu, portée par 7 AMAP regroupées pour la circonstance entre Mai et Juillet est à ce titre intéressante, car c'est une nouvelle démonstration que pour beaucoup d'entre nous, sur un sujet aussi symbolique que l'argent, il y a des alternatives, et elles marchent.

De quoi s'agit il ?

Une famille de Loire Atlantique   (appelons les Ber-nard et Louise car ils ne souhaitent pas de publicité) produisent   des  volailles   vivantes,   vous   savez,   ces animaux qui courent et qui pondent, loin des méthodes productivistes. Si cette activité leur permet de faire vivre leur famille, tout en étant viable financièrement, sans aucune subvention, de telles conditions naturelles   d'élevages   ne   sont   pas   exemptes   de risques pour la production.

Lorsque   plusieurs   facteurs   de   malchance   se conjuguent avec une mauvaise saison particulièrement humide, cela donne l'hiver 2013/2014.

Retour en arrière...

Dès le début de l'hiver, Bernard et Louise sont inquiets, les volailles ne grossissent plus. Malgré tous leurs essais, rien n'y fait. Ils rencontrent donc un technicien spécialiste, rencontré en formation. Il semble qu'une des variétés de céréales qu'ils cultivent pour les nourrir, la vesce, lorsqu'elle est mélangée à la vesce sauvage, n'est pas bonne pour les poulets. Immédiatement, Bernard et Louise agissent et commencent à acheter des cé­réales, en puisant dans leur trésorerie. Au début tout va bien et les poulets recommencent a grossir.

Comble de malchance, un mois plus tard, les poussins de quinze jours commencent à mourir en quantité. De fin décembre à début février, cinq lots de plusieurs centaines d'individus disparaissent quasi entièrement. Nos producteurs consultent un premier vétérinaire, qui, après une autopsie, se déclare non spécialiste : pas d'infection, pas de virus, décès incompréhensible. Le second vétérinaire, après réflexion, incrimine le bâtiment pas assez isolé. Bernard et Louise engagent les travaux, sans changements notables sur la mortalité des poulets.

Par un collègue, ils obtiennent l'adresse d’un troisième vétérinaire, spécialisé celui­là. Il diagnostique une combinaison entre l'humidité de l'hiver, qui travaille la paille,et  l'alimentation des poulets.

Bernard et Louise achètent donc de la paille plus sèche et isolent plus les bâtiments, dans l'urgence. Ils cherchent également un complément alimentaire, et le  trouvent chez un fournisseur en Vendée via un collègue. Ce fournisseur accepte également de mettre en place un suivi technique.

Depuis, la situation s'arrange, le diagnostic du troisième vétérinaire était donc juste, le taux de perte passe de 35 % à 10 %.

Mais toutes ces consultations, ces travaux, ces achats de céréales ont plombé la trésorerie des producteurs. Difficile de redémarrer quand on a plus de 7000€ de perte. De plus, si la situation s'est arrangée, elle n'est pas parfaite car les travaux d'isolation restent à financer.

Bilan, pour repartir sur de bonnes bases après tous ces déboires, c'est compliqué. Un rapide devis mesure les besoins à environ 14000 €. 7000 pour éponger la perte, 7000 pour sécuriser l'exploitation, afin que cela ne se reproduise plus.

Mais ce n'est pas facile de trouver un banquier pour se relancer dans ces conditions. Comme on peut l'imaginer, ces derniers ne se sentent qu'à moitié solidaires...

En même temps, ces aléas sont indissociables des conditions d'élevage des volailles conformes  à la charte des AMAP :
  • Les volailles ne sont pas gavées d'antibiotiques et elles sont sensibles à l'humidité, des maladies sont donc possibles.
  • Elles sont nourries de vraies céréales produites à la ferme, les incompatibilités alimentaires peuvent se produire.
  • Elles disposent d'espace difficile a sécuriser, les prédateurs l'ont bien compris, et elles sont particulièrement bonnes, sans commune mesure avec les poulets des supermarchés,   des vols sont donc malheureusement réguliers.
En quelque sorte, ces risques sont donc liés au mode de production pour les  « AMAPs ». Ces dernières sont par nature des espaces de solidarité et de partage des risques. Une AMAP, ce n'est pas uniquement là pour permettre aux citadins de bénéficier d'excellents produits à des tarifs tout à fait compétitifs, mais aussi pour mettre en place des vrais liens entre tous les amapiens, qu'ils soient producteurs ou mangeurs. C'est une conception renouvelée du vivre ensemble.C'est donc très naturellement que l'idée du prêt solidaire est née.

Après une présentation par un producteur et une amap angevine, cette formule ayant déjà été effectuée avec succès dans le Maine et Loire, 7 amap dans lesquelles Bernard et Louise interviennent se regroupent (Héric, Orvault, Vay, Gesvrine, Thouré, Abbaretz, Joué), sous forme de collectif. Ensuite tout va très vite, en 3 mois, la somme est réunie, sous forme de bons de souscrip-
tion de 50€, presque 160 amapiens ont participé, pour un ou plusieurs bons, ainsi que des clients de Bernard et Louise sur le marché. Les travaux sont donc engagés, avec la coopération active de tous !

De cette expérience très encourageante, tirons les enseignements suivants : il ne faudra pas hésiter a recommencer. Cette pratique de solidarité n'est pas en rupture mais en continuité du travail fait jusqu'à présent. Alors continuons à inventer, soyons des laboratoires d'alternatives politiques et sociales, essaimons et faisons nous entendre !